POV. M.
____ -
Non. Je ne veux pas, je ne peux pas. Manger. C'est comme ça.
Bill fait mine de s'énerver. Définitivement, il ne m'impressionne pas.
Assise en tailleurs sur son lit, je m'amuse à le regarder tempêter contre mon refus.
-Bon, écoute, je commande une pizza...
-Non ! Je n'ai pas faim !
-Des chips, alors...
-Non.
-Du caviar ?
J'éclate de rire. Premier vrai sourire depuis des mois. Il en a fallu peu, pourtant...
-Pourquoi tu t'obstines ?
-Et toi, pourquoi tu veux pas manger ?
-Parce que... j'ai pas faim.
Il hausse les sourcils.
-Écoute, Bill, il doit être quatre heures du matin. Oses me dire que tu as faim à cette heure là !
Il prend un oreiller et me le lance dessus. Je pousse un soupir.
-Bon, je veux bien manger quelque chose à condition que tu manges aussi.
Il saute littéralement sur le téléphone, et commande une pizza. Je saisis l'oreiller, et lui relance dessus quand il raccroche.
J'adore avoir le dernier mot.
POV. B.
____ -Au fait, tchu thchai mêchme pach préchentéch !
-Hum... avale avant de parler, ça me permettra de comprendre ce que tu dis.
J'avale avec difficulté la moitié de part de pizza que je viens d'enfiler dans ma bouche. Affalés sur mon lit, nous dégustons notre pizza, malgré l'heure peu adaptée pour ce genre de repas.
-Je disais que tu t'étais pas encore présentée.
-Tu me l'as pas demandé.
-Tu t'appelles comment ?
-Malicia.
-Malicia ?
-C'est ce que je viens de dire.
-Tu faisais quoi, dehors, sous l'orage, à cette heure là ?
Elle blanchit soudain.
-Et toi ?
-Si je te le dis, tu me le diras aussi ?
-Je verrais.
Bingo. J'ai l'impression qu'elle tient à toujours avoir le contrôle, quelle que soit la situation. Malicia décide, Malicia dirige... Drôle de fille. Par rapport à celles que j'ai tendance à rencontrer tous les jours, je veux dire. Les groupies. Elles, elles sont plutôt du genre à se laisser faire, à hocher précipitamment la tête quand je dis quelque chose, histoire de bien me prouver qu'elles ne me contredisent pas...
-Alors ?
Sa voix me tire de mes pensées. J'aime bien le son de sa voix, il est comme son regard. J'ai l'impression que quand on sait les interpréter, on comprend tout à ses pensées... Idiot, hein ? pourtant, je ne peux m'empêcher d'en être presque sûr...
-J'avais besoin de liberté. Je suis plutôt quelqu'un qui aime choisir la direction de sa vie, et j'aime pas vraiment me laisser marcher sur les pieds. Mais quand on commence à être connu, les libertés deviennent de plus en plus rares...
-Rares?
-Oui, rares. Je sors à peine de l'hôtel que des filles me sautent dessus, je dois tout le temps être accompagné d'un garde du corps, où que j'aille, la moindre chose que je dis est analysée dans tous les sens par les journalistes, et les paparazzis me guettent à tous les coins de rue... Ce soir, j'ai fait une overdose. J'avais besoin de sortir de tout ça, de m'oxygéner. Je me suis camouflé comme j'ai pu, et je suis sorti. Voilà.
Malicia ne répond rien. Non pas parce qu'elle n'en a rien à faire, mais plutôt qu'elle ne trouve rien à ajouter. Enfin, je crois.
-A ton tour.
Elle prend une inspiration.
-Je...
POV. M.
____Je sens les larmes me monter aux yeux. Aucune importance, personne ne le remarque
jamais, j'arrive facilement à masquer mes émotions. Du moins à ceux qui ne me connaissent pas vraiment. Mes parents, par exemple. Ou mes soit disant amis d'Allemagne, auxquels je refuse de m'attacher. Mes anciens amis, eux, sentaient mes émotions sans aucune difficulté. Question d'affinité...
Je contrôle le tremblement de mes lèvres. Bill me fixe d'un regard pénétrant.
Il m'inquiète. J'ai l'impression qu'il arrive à lire en moi, je ne sais pas comment, et c'est ce qui me fait peur.
POV. B.
____ -Je... Mes parents m'ont virée de chez moi.
Je ne comprends pas. Qu'entend-elle, par virer ?
-Virée ?
-Ils m'ont demandé de partir. Définitivement.
-Tu déconnes ? !
Elle me fixe de ses yeux couleur onyx.
-Est ce que j'ai l'air de plaisanter ?
Elle ? Plaisanter ? Là, maintenant ? Non, elle a un air grave, et triste. Je lis cette tristesse dans ses grands yeux noirs avec beaucoup de facilité. Comme si elle avait tout à coup baissé la garde, me laissant libre accès à tout ce qu'elle ressent.
-Tu es à la rue ?
-Oui.
-Vraiment ?
-OUI ! Tu comptes encore remuer le couteau dans la plaie longtemps, comme ça ?
Ses yeux s'emplissent de larmes. Les perles glissent doucement sur ses joues pâles, elle ne cherche pas à les essuyer. Elle les assume. Je me mords la lèvre.
-Désolé, je voulais pas...
-T'inquiètes, ça va passer... ça passe toujours.
Je ne relève pas le « toujours ». Je tends la main vers elle, et lui donne une vague tape sur l'épaule.
Idiot. Je me sens tellement ridicule, que pendant un court instant, je me demande si je devrais pas aller demander de l'aide à Tom. Avec lui, aucun problème, il sait consoler les filles. Surtout celles qui fondent en larmes rien que parce qu'il leur adresse la parole...
POV. T.
____ Torse nu, avec seulement un baggui, je sors de ma luxueuse suite, et entre dans celle de mon double sans frapper, comme à mon habitude.
-Bill, t'as pas vu ma...
Oh. Il n'est pas seul. Il est avec une fille. C'est bien la première fois. Non pas qu'il est plus souvent accompagné d'hommes, mais disons que depuis qu'il a commencé à devenir célèbre, je ne l'ai vu fréquenter aucune fille.
Tous deux dorment sur le lit, dos à dos, chacun tourné de leur côté, un carton de pizza entre-eux, et les couvertures pêle-mêle autour d'eux.
-Une bataille d'oreiller, sans m'inviter ? Quel culot !
Les deux sursautent. C'est mignon. Je m'avance vers la fille, attendant l'habituel cri de joie qu'elle est censée pousser en me voyant, et prêt à dégainer mon habituel sourire charmeur.
-Tom, sors d'ici...
Mon frère a une voix lasse, comme s'il s'adresse à un gamin insupportable. Je fais semblant de m'offusquer.
-Quoi ? Mon jumeau me jarte de sa chambre ? Mais c'est un scandale !
Bill pouffe de rire. C'est tous les matins le même manège. La fille, elle, ne sourit pas. Étrange. Vraiment. Bill m'adresse un sourire amusé, accompagné d'un clin d'½il.
-Ca fait bizarre, hein ?
-De quoi tu parles ?
-Je te présente Malicia, la première non-groupie qu'on aie rencontré depuis des mois...
-Comment ça, non groupie ?
Bill s'apprête à prendre la parole, mais elle le coupe d'un geste de la main.
- Ne t'attends pas à ce que je m'évanouisse, ni même à ce que je crie. Je ne tiens pas non-plus à crier « Tom fick mich » à chaque fois que tu passes devant moi...
Penaud, je me tourne vers mon frère.
-Au fait, tu faisais quoi dans ma chambre ?
-Heuu... t'aurais pas vu ma casquette ?
Bill lève les yeux au ciel.
Allongé sur mon lit, j'écoute du hip hop en somnolant.
Je suis tiré du sommeil par la main de Bill sur mon épaule.
- Mmmh ? Quoi ?
Il me pousse pour se faire de la place et s'assois près de moi.
- Il faut qu'on l'aide.
- Qui ça ?
- Malicia.
- Heuu... tu me dis pourquoi on doit l'aider ?
Bill m'explique tout de long en large. Sa rencontre avec elle, comment elle s'est effondrée, inconsciente, le fait qu'elle aie été expulsée de chez elle...
Son apparente tristesse aussi. Qu'elle cache sous des remarques amères, sous des réponses cassantes.
-Elle a besoin d'aide, ajoute-t-il inutilement.
POV. M.
____Je sors de la douche, une serviette autour du corps. Face au miroir.
Horrible. Je n'arrive plus à regarder mon visage en face. J'en ai plus qu'assez des traits de mon visage. Ils reflètent trop, beaucoup trop mon état d'esprit d'en ce moment.
Beaucoup trop.
J'essuie mes joues d'un revers de main.
Je pourrais essayer de prendre la vie du bon côté... A quoi beau m'apitoyer sur mon sort ? Le seul problème est que je ne suis bonne qu'à ça.
Bonne à finir mes jours à errer dans les rues, sans chez-moi... Bonne à dormir sur les bords de trottoir, en manque de...
En Manque.
Le Manque. Je le ressens tout à coup instantanément.
Sors précipitamment de la salle de bain, la serviette autour de moi.
La chambre est vide. Je ne sais où aller pour combler le Manque.
-Putain !
Besoin de tabac. Mais surtout de Musique.
Je sors de la chambre en trombes. Entre dans celle d'à côté à tous hasards. Retrouve les jumeaux, Tom allongé, Bill assis près de lui. Ils écoutent de la musique, chacun avec leur Ipod dans les mains.
Tous deux ont l'air étonnés, en me voyant débarquer de la sorte. Normal. Je suis trempée, à moitié nue, et en plus je tremble. J'en ai besoin.
Je me rue sur Tom, lui arrache les écouteurs des oreilles, les glisse dans les miennes. Pousse un cri dégoûté. Du rap. Je me précipite sur Bill, lui prends son Ipod des mains. Soupir de contentement. Il était temps. Green Day.
Les yeux fermés, je savoure.
Quand elle est là, j'oublie tout. Quand elle est là, tout va beaucoup mieux.
-Quand elle est là, je suis pas seule.
Mon c½ur s'arrête de battre. Il me semble avoir prononcé ma dernière pensée à voix haute.
Merde.
J'entrouvre les yeux. Et constate que les jumeaux m'observent. Bill a l'air inquiet, Tom, lui, sourit légèrement.
-Tu parlais de la musique ?
Je rends son sourire à Tom. Acquiesce. Le sourire de Tom s'élargit. Apparemment, il apprécie de constater que j'aime la musique.
Bill, lui, m'arrache les écouteurs des oreilles.
-Même sans ta musique, tu n'es pas seule.
Il a dit ça d'une voix franche, directe. Sure.
-Oh. Et dis moi, qui est là ?
Je ne vois personne autour de moi...A sa franchise, je répond par de l'ironie.
-Tom. Moi.
J'éclate de rire.
-Oh, non, pitié... T'es pas sur scène. T'es dans la réalité, mon vieux. Il faut pas confondre les deux. Sur scène, dans tes chansons, tu peux dire tout ce que tu veux pour aider ceux qui en ont besoin. Bien sûr, tes chansons les aident... Mais dans la réalité, rien n'est aussi simple. Dans la réalité, il ne suffit pas de dire « ich bin da », pour que tout s'arrange... C'est déjà super d'apporter ton aide en chanson, je peux t'assurer que certaines d'entre elles m'ont énormément touchées. Mais parfois, ce n'est pas suffisant. Il y a des fois où il faut accepter le sort, des fois où on ne peux rien faire. Donc, je vais aller me rhabiller, et je vais me débrouiller dans la rue, et ta musique continuera à m'accompagner.
-Tu l'as dis toi même, il y a des fois où ça ne suffit pas.
Il me regarde pensivement. Tom prend la parole :
-Euh, et si... si on allait tout simplement parler avec tes parents... Si on leur demandait d'accepter de te reprendre chez eux ?
Je fusille Bill du regard. Il lui a raconté. Sans me demander. Tom n'était pas censé être au courant.
-Jamais. Ils ne voudront pas que je retourne chez eux. Et d'ailleurs, je préfère encore vivre à la rue, que d'habiter avec eux une minute de plus.
Bill allume une cigarette. Me la tend.
-Comment tu sais que je fume ?
-Regardes toi, tu trembles de partout...
En effet. J'ai même du mal à garder le bras tendu, en prenant la cigarette que me propose Bill. Je tire sur le poison. Recrache un nuage de fumée, levant la tête vers le plafond pour ne pas empester les jumeaux. Bill s'adresse à moi doucement, comme pour ne pas me brusquer...
POV. B.
____ Un ange. Voilà à quoi elle me fait penser. Un ange dont la vie aurait blessé, entaillé les ailes..Un ange qui n'arrive pas à appréhender la liberté, un ange à qui la liberté est arrivée beaucoup trop tôt... Mais qui a bien été obligé de s'y faire. S'est endurcit. Est-ce mal de proposer à l'ange en question... de se défaire de sa liberté, le temps de panser les blessures dans ses ailes ? Le plus dur est de faire en sorte qu'elle ne se sente pas agressée... Je lance un regard à mon frère pour solliciter son aide, mais celui-ci hausse les épaules. Que faire ? Il sait pertinemment que de nous deux, seul moi arrive à discuter dans ce genre de situation... J'aime manier les mots, lui se débrouille mieux avec sa guitare...
-Et si... si tu restais avec nous, juste le temps que tout s'arrange...
POV. M.
____ -Et si... si tu restais avec nous, juste le temps que tout s'arrange...
Choc. Est-ce qu'il est entrain de m'imposer quelque chose ? Je n'en sais rien. J'ai l'impression qu'il vient de me donner un ordre. Je me sens frustrée... Je ressens la question qu'il vient de me poser comme une agression. N'est-il pas entrain de m'empêcher de faire ce que bon me semble ?
-Qu'est ce qui te dit que j'en ai envie ?
Il m'adresse un faible sourire.
-Je suis certain que tu n'en as pas envie du tout, et je te comprends...
-Non ! Tu ne comprends pas ! Est ce que tes parents t'ont jarté de chez eux ? Non ! Est ce que tu t'es retrouvé dehors, sans aucun foyer ? Non ! Est ce que ça t'est déjà arrivé une seule fois de te retrouver seul, sans personne sur qui compter ?
Je me tourne vers Tom.
-Non ! Lui a toujours été là pour toi...
Bill poursuit comme s'il n'avait pas été interrompu :
-Simplement, réfléchis-y, quand même... Ça peut toujours servir de savoir où on va dormir tous les soirs, d'avoir à manger à chaque repas... Penses-y...
-On ne t'impose rien, ajoute Tom, c'est juste une proposition...
-Et puis, dit Bill à voix basse, tu n'es pas seule au monde, nous sommes là, Tom et moi...
J'essaie de me calmer. De réfléchir.
Après tout... Quitte à changer de vie... Ça ne m'emballe pas vraiment de dormir dans la rue chaque nuit, surtout dans Berlin... En même temps, qu'est ce qui me dit que les Tokio Hotel sont vraiment recommandables ? Je ne les connais pas. Enfin, pas personnellement.
Tom semble savoir à quoi je pense.
-T'inquiètes pas, on n'est pas des psychopathes en force, ou des kidnappeurs, ou des trucs de ce genre... En plus on doit avoir environ le même âge que toi, donc vois nous plutôt comme des amis...
Amis ? Je me renfrogne. Je le connais depuis ce matin, et déjà il mentionne ce mot tabou ?
Prenant conscience de sa gaffe, il se rattrape :
-Ou comme des connaissances ! D'ailleurs, t'as quel âge ?
-Dix sept ans et demie...
-C'est bien ce que je dis, on a environ le même âge. Bill a dix huit ans, et moi j'ai dix minutes de plus que lui.
Il me dit ça avec un clin d'½il.
J'écrase ma cigarette dans un cendrier, sur la table de chevet.
-D'accord. Je veux bien. Mais...
Bill me fait un grand sourire.
-Mais ?
-Mais si je vous encombre, je veux que vous me le disiez, et j'aimerais bien vous aider, enfin que vous me trouviez quelque chose à faire, histoire de pas avoir l'impression de servir à rien...
-On essaiera de te trouver une occupation, si ça peut te faire plaisir.
Tom, lui, a l'air outré.
-On t'offre une vie de luxe dans des hôtels snobs, dans des limousines, dans la richesse, et toi tu demandes du travail ?
Nous éclatons de rire.
Je me lève, me dirige vers la porte. L'ouvre. Avant de sortir...
-Bill, Tom ?
-Oui ?
-
Merci...*
Hum. La suite. Je sais pas vraiment quoi dire. Vous aimez ?
Faites moi des reproches, c'est toujours bon à prendre ^^
A vos claviers x)