Bienvenue.

Bienvenue.
____1 an. Il m'a fallut un an pour imaginer, penser, écrire cette fiction, pour en venir à bout.
& quelques mois pour la poster sur ce blog.
J'espère que vous prendrez du plaisir à la lire,
autant que j'en ai pris à l'écrire.


P e a c e.


M *


Mon blog Perso' _


# Posté le jeudi 13 novembre 2008 14:39

Modifié le vendredi 23 octobre 2009 13:42

Première envolée.

Première envolée.
PREMIÈRE PARTIE





POV. M.


____Je marche, tête baissée, les mains dans mes poches. Des pensées s'entremêlent dans ma tête, et me donnent la migraine. Incompréhensions. Le temps est orageux, mais je n'y prête pas attention. Qu'est ce que l'orage, quand on vient de se faire expulser de chez soi par ses propres parents ? Une fois de plus, la question qui me taraude me revient à l'esprit. Que faire, maintenant ?
Je fouille mes poches, cherchant mon mp4, ma Vie. Autrement dit, la musique. Ce n'est pas le mp4 que je sors, mais l'une des causes de mon expulsion. Un « innocent »paquet de cigarettes. Je le range rageusement, et sors cette fois ci mon mp4.
Enfin. Ce n'est pas trop tôt. Le Manque commençait à m'assaillir. Manque de Musique. Manque de la seule chose qui me permet de survivre en ce moment.
Je m'arrête un instant, ferme les yeux, et inspire.
En même temps que les souvenirs m'assaillent, la pluie commence à tomber. Je ne m'en soucie pas. Je recommence à avancer.
Un an. C'est le temps qu'a mit le compte à rebours pour arriver à zéro, pour qu'on me demande de partir. Un an... Il s'en passe des choses, en un an...
Un déménagement. De la France vers l'Allemagne. Changement radical. Coutumes, langue... sans oublier les amis. Et le fait que je veuille rester en France.
Rester dans ma bulle. C'était tout ce qui comptait.
Au fur et à mesure, j'ai appris à parler Allemand. Malgré moi.
Mes parents ont cru que c'était signe que je m'adaptais au pays.
Ils se trompaient sur toute la ligne.
Je ne voulais pas, je ne pouvais pas.
Souffrance.
Jusqu'au jour où ma meilleure amie, et toutes les autres, n'ont plus répondu ni à mes appels, ni à mes lettres. Plus rien. Coupure totale de mon ancienne vie.
Une blessure béante s'est ouverte en moi... et j'ai entrepris de la panser à l'aide d'alcool, de cigarettes... Chose dont mes proches ne se sont aperçus qu'aujourd'hui. Les imbéciles...
Ils n'ont remarqué QUE la chose qui me permettait de me sentir bien, la chose qui semblait me protéger du contact des autres, ou alors qui me permettait d'aborder des personnes me ressemblant un tant soit peu.
Les vêtements. Les accessoires. Mon look.
Toujours de rouge et de noir vêtue. Des têtes de morts. Débardeurs à rayures. Mitaines en résille. Maquillage sombre. Ceintures cloutées... Rock. Rock. Rock. Rock...
Ma musique, mon look... mes obsessions. Mes drogues les plus efficaces.
Tout ça... ne leur a pas plut. A ma famille.
Si seulement... si seulement ce déménagement n'avait pas eu lieu... Avec des si on mettrait Paris en bouteille, n'est ce pas ?
Le grondement du tonnerre me tire de mes pensées.
Je frissonne. Je suis trempée de la tête aux pieds. La pluie ruisselle sur tout mon visage, à moins que ce ne soit des larmes. J'étouffe un sanglot.
Quelle heure est-il ? Deux heures, trois heures, peut être ?
A cette heure tardive de la nuit, les rues sont désertes.
Je ne sais pas où aller.
Je ne connais pas assez ceux que je fréquente pour aller sonner chez eux en pleine nuit, et de toutes manières, cela ne résoudrait rien, puisque je ne pourrais pas emménager chez eux... Je suis belle et bien à la rue.
J'étouffe un sanglot. Dans quel pétrin me suis-je fourrée ?
Machinalement, mes pas me dirigent jusqu'au Jardin Public, dans le centre de Berlin. Je m'assieds sur l'un des bancs trempés.


POV. B.


____Toujours la même chose.

On me force à dire des choses que je ne pense pas. « Nous avons des fans merveilleuses... » Foutues groupies. Pourquoi n'avons nous pas des fans comme les autres ? Qui nous soutiennent pour ce que nous sommes, et non pour notre apparence ? « Honnêtement, je ne vois pas ce que le fait que je sois homo ou hétéro vient changer dans ma passion. Sincèrement, vous m'aimez pour ma musique, n'est ce pas ? Je ne répondrai donc pas à cette question... » Faire planer le doute, le mystère sur ma sexualité... Putain, je suis hétéro ! « Les critiques ne m'atteignent pas, je vis avec depuis que je me démarque des autres grâce à mon look... » Je suis humain. Les critiques me font mal, comme à n'importe quel Homme. Simplement, j'ai la fièreté de garder la tête levée dans n'importe quelle circonstance, et j'ai la satisfaction de provoquer les gens qui me critiquent... Leck mich doch. Danke ist nicht nötig...
Tout ce que je dois dire, tout est calculé d'avance pour que le public entende ce qu'il veut entendre...
J'étouffe.
Mon portable sonne. Un message reçu. Tom.
« Bill, t'es où ? Je m'inquiète... »
Un faible sourire se dessine sur mes lèvres. Mon double, ma moitié, mon clone... lui, me connaît. Pas comme ces hordes de fans qui ne connaissent que quelques fragments de moi, non, lui me connaît mieux que lui même. Je réponds à son message, sachant pertinemment qu'il comprendra ce que je veux dire.
« Petite crise d'étouffement, t'inquiètes pas, tout est désert, je prend juste l'air, histoire d'avoir une sensation de liberté... »
Remontant mon écharpe jusqu'au dessus de mon nez, et tirant sur mes manches pour cacher mes mains et les protéger de la pluie, je change de position sur le banc trempé où je suis immobile depuis plus d'une demie heure.
Un éclair déchire le ciel, éclairant les alentours.
J'ai un énorme sursaut, en m'apercevant que je ne suis pas seul sur le banc. Je prends peur. Si c'était une groupie ? Ou un anti Tokio Hotel, qui ne demande qu'une chose, m'empêcher définitivement de chanter ? Un frisson me parcoure l'échine, mais je réfléchis. Si c'était quelqu'un qui m'en voulait, cette personne aurait eu dix fois le temps de me frapper depuis tout à l'heure. Quant à l'hypothèse de la groupie, c'est à rayer de la carte puisque la personne qui se tient près de moi est complètement silencieuse, et n'a l'air ni folle, ni hystérique.
Un éclair illumine à nouveau tout ce qui m'entoure pendant un bref instant, et j'ai le temps de distinguer la silhouette assise près de moi. Une fille, les mains posées sur les genoux. Droite comme un « i ».
Je me décale vers elle, intrigué. Comment a t elle pu s'asseoir près de moi sans que je ne m'en aperçoive ? Sans que je n'entende le son de ses pas dans les cailloux ? Je toussote.
-Salut... T'es là depuis longtemps ? Je ne t'avais pas vue arriver...
Pas de réponse. Je sors mon portable pour éclairer la fille.
Elle a le visage fixe et regarde droit devant elle, immobile comme une statue. Je passe une main devant ses yeux, comme pour la sortir d'une rêverie.
-Ohé ! Tu m'entends ?
Absence totale de réaction. J'ai l'impression d'avoir affaire à un objet, tant elle ne bouge pas. Un discret reniflement me prouve pourtant qu'elle n'est pas statue.
-Ca va ?
La fille cligne des yeux, éblouie par mon portable, et sursaute en s'apercevant de ma présence. J'étouffe un petit rire.
-Chacun son tour...
Aucun sourire. Elle est prise de tremblements convulsifs. J'éclaire ses vêtements. Elle est en débardeur et en slim. Trempée jusqu'aux os.
-Je... froid...
Sa voix est toute faible, et je peine à entendre ce qu'elle me dit. Elle s'effondre en avant, et je la rattrape de justesse, avant qu'elle ne heurte le sol mouillé.
Paniqué, je l'allonge sur le banc, retire ma veste en cuir et le tee-shirt que j'ai en dessous.
Je lui ôte son débardeur et le remplace par mon tee-shirt, ne m'attardant pas sur les courbes de son corps. Je lui enfile ma veste en cuir et la frictionne avec. Elle ne reprend pas connaissance, et les battements de mon c½ur s'accélèrent encore plus.
J'appelle une ambulance.
Je la saisis dans mes bras. Légère... Je sors du jardin public pour gagner du temps, et éviter aux ambulanciers de devoir entrer dans le parc.
Je me demande bien de quoi il a l'air, le grand Bill Kaulitz, torse nu sous la pluie battante... Si ses chères groupies le voyaient...



POV. M.


____Angoisse. Je chute. Seule. Dans le noir. Dans le vide total. Sans personne pour me rattraper. Terreur. Je sens ma Mort s'approcher peu à peu, tournant en cercle au dessus de moi, tel un rapace. « Die Geier kreisen... ». Elle me susurre des chose à l'oreille. Elle me nargue. Je frémis. Si elle savait... que je l'accueille à bras ouverts, chère, chère Mort... Elle, qui peut d'un claquement doigt m'ôter le plus lourd des fardeaux... J'entends sa voix, qui devient de plus en plus intelligible... Ma chute ralentit peu à peu... Tout, autour de moi, s'éclaircit...
-Mademoiselle ? Mademoiselle ! Non, ne vous rendormez pas, restez éveillée... voilà, c'est bien.
Battement de paupière. J'ouvre les yeux. Un homme en blouse blanche me fait face. Sûrement un médecin. Pour ce qui est d'une description, on pourrait dire qu'il a tout d'une boule de billard en sueur...
-Je suis où, là, exactement ?
Il passe une main sur son front dégarni.
-Dans la chambre d'un jeune...
Il a une légère moue, comme s'il ne croit pas vraiment à ce qu'il dit.
-Homme... Sans lequel, vous seriez sûrement encore dehors sous la pluie... Dîtes, depuis combien de temps n'avez vous pas mangé ?
Je hausse les sourcils. Dédaigneuse.
-Peu de temps. Mais cela ne vous regarde pas, il me semble.
Mes yeux se posent... Sur la perfusion, plantée dans mon bras. Répulsion. Je n'ai qu'un seul réflexe : je saisis la perfusion, et tire brusquement dessus. Le médecin sursaute, et, d'un bond, me prend l'aiguille des mains, puis s'approche de moi.
-Mademoiselle, ce que vous venez de faire n'est pas raisonnable !
J'éclate d'un rire amer.
-Je me fiche d'être raisonnable. Je suis mon instinct, je fais ce que je veux...
Il ne me laisse pas le temps de finir ma phrase. Tenant mon bras d'une de ses grosses mains velues, il tente sans succès de me remettre la perfusion. Je dégage mon bras de son étreinte.
-LAISSEZ-MOI !
J'ai horreur qu'on me force à faire quoi que ce soit.
Le médecin, lui, semble avoir horreur qu'on refuse de lui obéir.
-JE SUIS RESPONSABLE DE VOUS !
Il attrape mon bras à nouveau, mais de mon autre main, je lui administre une gifle magistrale. Puis, je lui arrache l'aiguille des mains, et la casse en deux.
-Voilà.
Je l'observe avec étonnement. Sa tête ronde devient de plus en plus rouge, et il semble bouillir de fureur. Cela m'arrache un éclat de rire provocant. Sans joie. La goutte qui fait déborder le vase.
-ESPÈCE DE PETITE PESTE ! VOUS SAVEZ QUI JE SUIS ? JE SUIS UN MÉDECIN DE GRANDE RENOMEE, ET J AI POUR HABITUDE DE NE SOIGNER QUE LES STARS ! SAVEZ VOUS QUE J'EN SAIS PLUS SUR VOUS QUE VOUS NE POUVEZ L'IMAGINER ? DEPUIS COMBIEN DE TEMPS N'AVEZ VOUS PAS AVALE QUELQUE CHOSE ? VOTRE SANTÉ EST DÉPLORABLE ET VOUS VOUS PERMETTEZ DE...
Aïe. Piquée au vif.
-TA GUEULE PAUVRE CON ! TU CONNAIS RIEN A MA VIE ! C EST FACILE DE VENIR JUGER MON ÉTAT DE SANTÉ, SANS ME CONNAITRE, MOI ! TU CROIS QUOI, QUE PARCE QUE T ES UN ADULTE VIEUX ET BLASE JE VAIS TE CROIRE ET T OBÉIR ? ESPÈCE DE...
La porte s'ouvre brusquement.
-OH ! ÇA VA PAS LA TÊTE DE GUEULER COMME CA A CETTE HEURE CI ? ON EST DANS UN HOTEL JE VOUS RAPPELLE !


POV. B.


____-OH ! CA VA PAS LA TÊTE DE GUEULER COMME ÇA A CETTE HEURE CI ? ON EST DANS UN HOTEL JE VOUS RAPPELLE !
Elle est assise, adossée à l'oreiller, des fragments de ce qui semble être un aiguille dans la main. Elle a l'air... furieuse. C'est tout bonnement impressionnant. La tête haute, la mine supérieure, le teint blanc, ses yeux noirs lançant des éclairs. Je m'attends presque à être foudroyé sur place.
Le médecin, lui, est rouge brique, et souffle comme un b½uf. Des gouttes de sueur perlent sur ses tempes. Je me retiens de faire une mine dégoûtée. C'est mon médecin, après tout...
Contrairement à toute attente, la Fille me sourit, mais son sourire me semble terne, dépourvu de la moindre gaieté.
- A quoi ça sert de nous HURLER de ne pas crier ? Tu m'expliques ?
Je passe une main dans mes cheveux. Que répondre à ça ?
-Bref. Qu'est ce qui se passe ? Pourquoi vous criez comme ça ?
Mr Boule de Billard se tourne vers moi.
-Mademoiselle refuse que je lui administre le moindre soin. Elle a même retiré sa perfusion...
-Ne m'appelez pas mademoiselle. Ça me donne la sensation d'être importante.
Sa voix a fusé, froide, tranchante, assurée. Ça contraste avec ses yeux, qui eux, semblent complètement dépourvus de la moindre assurance.
-Ah... Mais, elle n'a pas besoin de perfusion... Regardez, elle va bien... D'ailleurs, vous pouvez y aller, puisqu'elle va mieux...
Elle m'adresse un regard reconnaissant.
-Bon... Alors vous devez me promettre que vous la forcerez à manger le plus possible, et maintenant. Je ne plaisante pas.
Elle lève les yeux au ciel, et le médecin, agacé, lui tourne le dos, et me chuchote précipitamment :
-Elle doit impérativement manger quelque chose, sinon, j'ai bien peur qu'elle s'endorme, et ne retrouve plus la force de se réveiller...



POV. M.


____Bizarre. J'ai l'impression... de l'avoir déjà vu quelque part. Dans un silence embarrassé, il observe le médecin remballer toutes ses affaires, tandis que j'essaie de mettre un nom sur son visage.
Grand, mince, les cheveux noirs, longs jusqu'aux épaules, des yeux plutôt sombres, un nez droit, un menton pointu... tous ces détails sont ancrés dans ma mémoire, et pourtant, pas moyen de me souvenir qui il est.
Je finis par regarder autour de moi.
Wow. Luxueux. Je dirais même plus. Ca pue le fric... Tableaux aux bordures dorées. Miroirs. Tapisseries. Moquette rouge. Ecran plat...
Et ces valises, ouvertes, laissant entrevoir de nombreux vêtements. Noirs. Et tout ce bazar, ces accessoires, sur les chaises... Colliers à pointes. Chaînes. Mitaines. Ma mémoire me titille encore un peu plus, comme si tous ces détails pouvaient m'aider à comprendre qui est celui qui se tient devant moi.



POV. B.


____Le médecin sort de la pièce, m'adressant un signe de tête en guise de bonne nuit.
Je me tourne vers la fille. Elle semble réfléchir intensément, comme pour se souvenir de quelque chose. N'osant pas l'interrompre dans ses réflexions, j'avance jusqu'à la fenêtre, les mains croisées derrière le dos.
Sa voix me fait sursauter.
-Bon, est ce que je pourrais enfin savoir ce qui s'est passé ? Je suis OU ? Tu es QUI ?
Elle ne m'impressionne pas, ou plutôt si, et c'est ce qui me fait sourire.
-Pourquoi tu ris ? Et tu pourrais me regarder quand je te parle !
Je me retourne vers elle.
-Alors, pourquoi tu ris ?
-Parce que ça fait longtemps qu'on ne m'a plus demandé qui j'étais.
-Ca n'empêche que j'ai aucune idée de qui tu peux bien être.
-Ma tête ne te dit rien ?
Elle baisse les yeux.
-Non.
Bon, apparemment, aucun doute, ce n'est pas une groupie. Je peux lui révéler mon identité sans courir le risque qu'elle me saute dessus.
-Je suis Bill Kaulitz.
Ridicule. Je suis peut être connu partout en Europe, ça n'empêche que chaque fois que je me présente, j'ai toujours l'impression d'être le banal adolescent de Magdeburg.
Pourtant, elle ouvre de grands yeux, pendant un bref instant, puis semble se reprendre instantanément.
-Enchantée.
Ses yeux pétillent.
-Tu me connais ?
Elle reste silencieuse, comme pour prévoir ce qu'elle va me répondre, pour ne faire aucune erreur.
-Oui.
-Impressionnée ?
Je n'ai pas pu m'en empêcher. Dès qu'une fille fait mine de ne pas reconnaître vraiment qui je suis, il faut que j'en rajoute une couche.
-Pas du tout.
-Vraiment ?
Je scrute sa réaction. Une expression de défi sur le visage, elle m'adresse un sourire provocant.
-Vraiment.



Pour noter ma fiction :

# Posté le jeudi 13 novembre 2008 15:01

Modifié le jeudi 20 août 2009 15:55

Deuxième envolée .

Deuxième envolée   .
POV. M.

____ -Non.
Je ne veux pas, je ne peux pas. Manger. C'est comme ça.
Bill fait mine de s'énerver. Définitivement, il ne m'impressionne pas.
Assise en tailleurs sur son lit, je m'amuse à le regarder tempêter contre mon refus.
-Bon, écoute, je commande une pizza...
-Non ! Je n'ai pas faim !
-Des chips, alors...
-Non.
-Du caviar ?
J'éclate de rire. Premier vrai sourire depuis des mois. Il en a fallu peu, pourtant...
-Pourquoi tu t'obstines ?
-Et toi, pourquoi tu veux pas manger ?
-Parce que... j'ai pas faim.
Il hausse les sourcils.
-Écoute, Bill, il doit être quatre heures du matin. Oses me dire que tu as faim à cette heure là !
Il prend un oreiller et me le lance dessus. Je pousse un soupir.
-Bon, je veux bien manger quelque chose à condition que tu manges aussi.
Il saute littéralement sur le téléphone, et commande une pizza. Je saisis l'oreiller, et lui relance dessus quand il raccroche. J'adore avoir le dernier mot.



POV. B.

____ -Au fait, tchu thchai mêchme pach préchentéch !
-Hum... avale avant de parler, ça me permettra de comprendre ce que tu dis.
J'avale avec difficulté la moitié de part de pizza que je viens d'enfiler dans ma bouche. Affalés sur mon lit, nous dégustons notre pizza, malgré l'heure peu adaptée pour ce genre de repas.
-Je disais que tu t'étais pas encore présentée.
-Tu me l'as pas demandé.
-Tu t'appelles comment ?
-Malicia.
-Malicia ?
-C'est ce que je viens de dire.
-Tu faisais quoi, dehors, sous l'orage, à cette heure là ?
Elle blanchit soudain.
-Et toi ?
-Si je te le dis, tu me le diras aussi ?
-Je verrais.
Bingo. J'ai l'impression qu'elle tient à toujours avoir le contrôle, quelle que soit la situation. Malicia décide, Malicia dirige... Drôle de fille. Par rapport à celles que j'ai tendance à rencontrer tous les jours, je veux dire. Les groupies. Elles, elles sont plutôt du genre à se laisser faire, à hocher précipitamment la tête quand je dis quelque chose, histoire de bien me prouver qu'elles ne me contredisent pas...
-Alors ?
Sa voix me tire de mes pensées. J'aime bien le son de sa voix, il est comme son regard. J'ai l'impression que quand on sait les interpréter, on comprend tout à ses pensées... Idiot, hein ? pourtant, je ne peux m'empêcher d'en être presque sûr...
-J'avais besoin de liberté. Je suis plutôt quelqu'un qui aime choisir la direction de sa vie, et j'aime pas vraiment me laisser marcher sur les pieds. Mais quand on commence à être connu, les libertés deviennent de plus en plus rares...
-Rares?
-Oui, rares. Je sors à peine de l'hôtel que des filles me sautent dessus, je dois tout le temps être accompagné d'un garde du corps, où que j'aille, la moindre chose que je dis est analysée dans tous les sens par les journalistes, et les paparazzis me guettent à tous les coins de rue... Ce soir, j'ai fait une overdose. J'avais besoin de sortir de tout ça, de m'oxygéner. Je me suis camouflé comme j'ai pu, et je suis sorti. Voilà.
Malicia ne répond rien. Non pas parce qu'elle n'en a rien à faire, mais plutôt qu'elle ne trouve rien à ajouter. Enfin, je crois.
-A ton tour.
Elle prend une inspiration.
-Je...



POV. M.

____Je sens les larmes me monter aux yeux. Aucune importance, personne ne le remarque jamais, j'arrive facilement à masquer mes émotions. Du moins à ceux qui ne me connaissent pas vraiment. Mes parents, par exemple. Ou mes soit disant amis d'Allemagne, auxquels je refuse de m'attacher. Mes anciens amis, eux, sentaient mes émotions sans aucune difficulté. Question d'affinité...
Je contrôle le tremblement de mes lèvres. Bill me fixe d'un regard pénétrant. Il m'inquiète. J'ai l'impression qu'il arrive à lire en moi, je ne sais pas comment, et c'est ce qui me fait peur.



POV. B.

____ -Je... Mes parents m'ont virée de chez moi.
Je ne comprends pas. Qu'entend-elle, par virer ?
-Virée ?
-Ils m'ont demandé de partir. Définitivement.
-Tu déconnes ? !
Elle me fixe de ses yeux couleur onyx.
-Est ce que j'ai l'air de plaisanter ?
Elle ? Plaisanter ? Là, maintenant ? Non, elle a un air grave, et triste. Je lis cette tristesse dans ses grands yeux noirs avec beaucoup de facilité. Comme si elle avait tout à coup baissé la garde, me laissant libre accès à tout ce qu'elle ressent.
-Tu es à la rue ?
-Oui.
-Vraiment ?
-OUI ! Tu comptes encore remuer le couteau dans la plaie longtemps, comme ça ?
Ses yeux s'emplissent de larmes. Les perles glissent doucement sur ses joues pâles, elle ne cherche pas à les essuyer. Elle les assume. Je me mords la lèvre.
-Désolé, je voulais pas...
-T'inquiètes, ça va passer... ça passe toujours.
Je ne relève pas le « toujours ». Je tends la main vers elle, et lui donne une vague tape sur l'épaule. Idiot. Je me sens tellement ridicule, que pendant un court instant, je me demande si je devrais pas aller demander de l'aide à Tom. Avec lui, aucun problème, il sait consoler les filles. Surtout celles qui fondent en larmes rien que parce qu'il leur adresse la parole...



POV. T.

____ Torse nu, avec seulement un baggui, je sors de ma luxueuse suite, et entre dans celle de mon double sans frapper, comme à mon habitude.
-Bill, t'as pas vu ma...
Oh. Il n'est pas seul. Il est avec une fille. C'est bien la première fois. Non pas qu'il est plus souvent accompagné d'hommes, mais disons que depuis qu'il a commencé à devenir célèbre, je ne l'ai vu fréquenter aucune fille.
Tous deux dorment sur le lit, dos à dos, chacun tourné de leur côté, un carton de pizza entre-eux, et les couvertures pêle-mêle autour d'eux.
-Une bataille d'oreiller, sans m'inviter ? Quel culot !
Les deux sursautent. C'est mignon. Je m'avance vers la fille, attendant l'habituel cri de joie qu'elle est censée pousser en me voyant, et prêt à dégainer mon habituel sourire charmeur.
-Tom, sors d'ici...
Mon frère a une voix lasse, comme s'il s'adresse à un gamin insupportable. Je fais semblant de m'offusquer.
-Quoi ? Mon jumeau me jarte de sa chambre ? Mais c'est un scandale !
Bill pouffe de rire. C'est tous les matins le même manège. La fille, elle, ne sourit pas. Étrange. Vraiment. Bill m'adresse un sourire amusé, accompagné d'un clin d'½il.
-Ca fait bizarre, hein ?
-De quoi tu parles ?
-Je te présente Malicia, la première non-groupie qu'on aie rencontré depuis des mois...
-Comment ça, non groupie ?
Bill s'apprête à prendre la parole, mais elle le coupe d'un geste de la main.
- Ne t'attends pas à ce que je m'évanouisse, ni même à ce que je crie. Je ne tiens pas non-plus à crier « Tom fick mich » à chaque fois que tu passes devant moi...
Penaud, je me tourne vers mon frère.
-Au fait, tu faisais quoi dans ma chambre ?
-Heuu... t'aurais pas vu ma casquette ?
Bill lève les yeux au ciel.
Allongé sur mon lit, j'écoute du hip hop en somnolant.
Je suis tiré du sommeil par la main de Bill sur mon épaule.
- Mmmh ? Quoi ?
Il me pousse pour se faire de la place et s'assois près de moi.
- Il faut qu'on l'aide.
- Qui ça ?
- Malicia.
- Heuu... tu me dis pourquoi on doit l'aider ?
Bill m'explique tout de long en large. Sa rencontre avec elle, comment elle s'est effondrée, inconsciente, le fait qu'elle aie été expulsée de chez elle...
Son apparente tristesse aussi. Qu'elle cache sous des remarques amères, sous des réponses cassantes.
-Elle a besoin d'aide, ajoute-t-il inutilement.



POV. M.

____Je sors de la douche, une serviette autour du corps. Face au miroir.
Horrible. Je n'arrive plus à regarder mon visage en face. J'en ai plus qu'assez des traits de mon visage. Ils reflètent trop, beaucoup trop mon état d'esprit d'en ce moment. Beaucoup trop.
J'essuie mes joues d'un revers de main.
Je pourrais essayer de prendre la vie du bon côté... A quoi beau m'apitoyer sur mon sort ? Le seul problème est que je ne suis bonne qu'à ça.
Bonne à finir mes jours à errer dans les rues, sans chez-moi... Bonne à dormir sur les bords de trottoir, en manque de...
En Manque. Le Manque. Je le ressens tout à coup instantanément.
Sors précipitamment de la salle de bain, la serviette autour de moi.
La chambre est vide. Je ne sais où aller pour combler le Manque.
-Putain !
Besoin de tabac. Mais surtout de Musique.
Je sors de la chambre en trombes. Entre dans celle d'à côté à tous hasards. Retrouve les jumeaux, Tom allongé, Bill assis près de lui. Ils écoutent de la musique, chacun avec leur Ipod dans les mains.
Tous deux ont l'air étonnés, en me voyant débarquer de la sorte. Normal. Je suis trempée, à moitié nue, et en plus je tremble. J'en ai besoin.
Je me rue sur Tom, lui arrache les écouteurs des oreilles, les glisse dans les miennes. Pousse un cri dégoûté. Du rap. Je me précipite sur Bill, lui prends son Ipod des mains. Soupir de contentement. Il était temps. Green Day.
Les yeux fermés, je savoure.
Quand elle est là, j'oublie tout. Quand elle est là, tout va beaucoup mieux.
-Quand elle est là, je suis pas seule.
Mon c½ur s'arrête de battre.
Il me semble avoir prononcé ma dernière pensée à voix haute.
Merde.
J'entrouvre les yeux. Et constate que les jumeaux m'observent. Bill a l'air inquiet, Tom, lui, sourit légèrement.
-Tu parlais de la musique ?
Je rends son sourire à Tom. Acquiesce. Le sourire de Tom s'élargit. Apparemment, il apprécie de constater que j'aime la musique.
Bill, lui, m'arrache les écouteurs des oreilles.
-Même sans ta musique, tu n'es pas seule.
Il a dit ça d'une voix franche, directe. Sure.
-Oh. Et dis moi, qui est là ? Je ne vois personne autour de moi...
A sa franchise, je répond par de l'ironie.
-Tom. Moi.
J'éclate de rire.
-Oh, non, pitié... T'es pas sur scène. T'es dans la réalité, mon vieux. Il faut pas confondre les deux. Sur scène, dans tes chansons, tu peux dire tout ce que tu veux pour aider ceux qui en ont besoin. Bien sûr, tes chansons les aident... Mais dans la réalité, rien n'est aussi simple. Dans la réalité, il ne suffit pas de dire « ich bin da », pour que tout s'arrange... C'est déjà super d'apporter ton aide en chanson, je peux t'assurer que certaines d'entre elles m'ont énormément touchées. Mais parfois, ce n'est pas suffisant. Il y a des fois où il faut accepter le sort, des fois où on ne peux rien faire. Donc, je vais aller me rhabiller, et je vais me débrouiller dans la rue, et ta musique continuera à m'accompagner.
-Tu l'as dis toi même, il y a des fois où ça ne suffit pas.
Il me regarde pensivement. Tom prend la parole :
-Euh, et si... si on allait tout simplement parler avec tes parents... Si on leur demandait d'accepter de te reprendre chez eux ?
Je fusille Bill du regard. Il lui a raconté. Sans me demander. Tom n'était pas censé être au courant.
-Jamais. Ils ne voudront pas que je retourne chez eux. Et d'ailleurs, je préfère encore vivre à la rue, que d'habiter avec eux une minute de plus.
Bill allume une cigarette. Me la tend.
-Comment tu sais que je fume ?
-Regardes toi, tu trembles de partout...
En effet. J'ai même du mal à garder le bras tendu, en prenant la cigarette que me propose Bill. Je tire sur le poison. Recrache un nuage de fumée, levant la tête vers le plafond pour ne pas empester les jumeaux. Bill s'adresse à moi doucement, comme pour ne pas me brusquer...



POV. B.

____ Un ange. Voilà à quoi elle me fait penser. Un ange dont la vie aurait blessé, entaillé les ailes..Un ange qui n'arrive pas à appréhender la liberté, un ange à qui la liberté est arrivée beaucoup trop tôt... Mais qui a bien été obligé de s'y faire. S'est endurcit. Est-ce mal de proposer à l'ange en question... de se défaire de sa liberté, le temps de panser les blessures dans ses ailes ? Le plus dur est de faire en sorte qu'elle ne se sente pas agressée... Je lance un regard à mon frère pour solliciter son aide, mais celui-ci hausse les épaules. Que faire ? Il sait pertinemment que de nous deux, seul moi arrive à discuter dans ce genre de situation... J'aime manier les mots, lui se débrouille mieux avec sa guitare...
-Et si... si tu restais avec nous, juste le temps que tout s'arrange...



POV. M.

____ -Et si... si tu restais avec nous, juste le temps que tout s'arrange...
Choc. Est-ce qu'il est entrain de m'imposer quelque chose ? Je n'en sais rien. J'ai l'impression qu'il vient de me donner un ordre. Je me sens frustrée... Je ressens la question qu'il vient de me poser comme une agression. N'est-il pas entrain de m'empêcher de faire ce que bon me semble ?
-Qu'est ce qui te dit que j'en ai envie ?
Il m'adresse un faible sourire.
-Je suis certain que tu n'en as pas envie du tout, et je te comprends...
-Non ! Tu ne comprends pas ! Est ce que tes parents t'ont jarté de chez eux ? Non ! Est ce que tu t'es retrouvé dehors, sans aucun foyer ? Non ! Est ce que ça t'est déjà arrivé une seule fois de te retrouver seul, sans personne sur qui compter ?
Je me tourne vers Tom.
-Non ! Lui a toujours été là pour toi...
Bill poursuit comme s'il n'avait pas été interrompu :
-Simplement, réfléchis-y, quand même... Ça peut toujours servir de savoir où on va dormir tous les soirs, d'avoir à manger à chaque repas... Penses-y...
-On ne t'impose rien, ajoute Tom, c'est juste une proposition...
-Et puis, dit Bill à voix basse, tu n'es pas seule au monde, nous sommes là, Tom et moi...
J'essaie de me calmer. De réfléchir.
Après tout... Quitte à changer de vie... Ça ne m'emballe pas vraiment de dormir dans la rue chaque nuit, surtout dans Berlin... En même temps, qu'est ce qui me dit que les Tokio Hotel sont vraiment recommandables ? Je ne les connais pas. Enfin, pas personnellement.
Tom semble savoir à quoi je pense.
-T'inquiètes pas, on n'est pas des psychopathes en force, ou des kidnappeurs, ou des trucs de ce genre... En plus on doit avoir environ le même âge que toi, donc vois nous plutôt comme des amis...
Amis ? Je me renfrogne. Je le connais depuis ce matin, et déjà il mentionne ce mot tabou ?
Prenant conscience de sa gaffe, il se rattrape :
-Ou comme des connaissances ! D'ailleurs, t'as quel âge ?
-Dix sept ans et demie...
-C'est bien ce que je dis, on a environ le même âge. Bill a dix huit ans, et moi j'ai dix minutes de plus que lui.
Il me dit ça avec un clin d'½il.
J'écrase ma cigarette dans un cendrier, sur la table de chevet.
-D'accord. Je veux bien. Mais...
Bill me fait un grand sourire.
-Mais ?
-Mais si je vous encombre, je veux que vous me le disiez, et j'aimerais bien vous aider, enfin que vous me trouviez quelque chose à faire, histoire de pas avoir l'impression de servir à rien...
-On essaiera de te trouver une occupation, si ça peut te faire plaisir.
Tom, lui, a l'air outré.
-On t'offre une vie de luxe dans des hôtels snobs, dans des limousines, dans la richesse, et toi tu demandes du travail ?
Nous éclatons de rire.
Je me lève, me dirige vers la porte. L'ouvre. Avant de sortir...
-Bill, Tom ?
-Oui ?
-Merci...


*

Hum. La suite. Je sais pas vraiment quoi dire. Vous aimez ?
Faites moi des reproches, c'est toujours bon à prendre ^^

A vos claviers x)

# Posté le dimanche 16 novembre 2008 13:12

Modifié le lundi 17 août 2009 03:02

Troisième envolée.

Troisième envolée.

POV. B.


____David, Gustav, Georg.
Les trois sont assis dans le canapé, parlant de tout et de rien, David regardant fréquemment sa montre, comme à son habitude.
-Bill, tu m'expliques pourquoi tu tenais absolument à ce que je sois là maintenant, et en même temps que Gustav et Georg ? T'as quelque chose d'important à m'annoncer ? Me dis pas que tu arrêtes de chanter, ou un truc du genre...
Je lève les yeux au ciel. Non, bien sûr que non, je n'arrête pas de chanter... Autant demander à un malade de vivre sans sa perfusion...
Perfusion.
Malicia. Elle, qui est allée jusqu'à refuser que le médecin lui en mette une...
Elle. Et si le médecin avait vu juste sur le fait qu'elle aie besoin d'une perfusion ? S'il s'était juste trompé de perfusion ? Peut être lui en fallait-il une autre... Ce qui est sûr, c'est qu'elle en a besoin d'une. D'aide. D'amitié.
-Bill ? Pourquoi tu voulais qu'on vienne ?
-Ils ne devraient pas tarder à arriver. Ils sont sortis, mais Tom m'a dit qu'il rentreraient vers heuu... ben ils devraient déjà être rentrés en fait.
David s'alerte.
-Saki est...
Je le coupe, agacé.
-Oui, ils ont pris Saki avec. Ils sont juste parti faire un tour dans des boutiques de fringues, histoire de lui constituer une garde robe...
-Comment ça ? A qui ? De quoi tu me parles ?
-Bon, comme ils ne sont pas encore rentrés, je vais vous résumer en gros ce qui se passe...
Et je leur résume. En gros. Qui est Malicia ? Une jeune fille, expulsée de chez elle. Oh, bien sur, je leur donne des détails, comment l'ais-je rencontrée ( d'ailleurs David s'énerve en apprenant que je suis sorti sans garde du corps...), le fait qu'elle est volontaire pour travailler et pour servir à quelque chose, le fait qu'elle ne veuille pas nous encombrer...
J'omets de leur expliquer, que Malicia, avant tout, est...Bannie. Perdue dans un trop plein de liberté. Une fille de notre âge, mais qui a les mêmes angoisses que les enfants. Angoisse d'être seule, principalement. Oui, j'en suis certain, elle déteste la solitude. Cette musique... Elle l'écoute pour se donner l'impression d'être accompagnée... Elle en a besoin, pour entendre quelqu'un s'adresser à elle... La Musique qu'elle écoute lui dit ce qu'elle veut entendre.
-Et au fait, j'aimerais bien qu'elle puisse rester avec nous quelques temps. Mais d'abord, je voudrais savoir si ça vous dérange...
Gustav me donne la réponse que j'attendais. Emplis de gentillesse, et généreux, il reste toujours fidèle à lui-même.
-Je n'y vois aucun inconvénient. Après tout, plus on est de fous plus on rit, non ?
Quant à Georg, je ne pouvais pas espérer mieux.
-Ça ne me dérange pas non plus, seulement, j'aimerais bien la voir avant que ce soit définitivement sûr qu'elle reste... tu sais, histoire de faire connaissance, de m'assurer qu'elle n'a pas un caractère trop chiant...
-Normalement, Tom et elle devraient pas tarder...
Reste David. En bon manager, j'imagine qu'il ne va pas accepter tout de suite. Qu'il va d'abord sonder s'il y a un enjeu pour l'argent qu'on gagne : il ne supporterait pas qu'une fille comme elle vienne détraquer le mécanisme de sa sublissime machine à fric...
-Alors, David ?
-Pareil que Georg. Je veux la voir avant de me prononcer.
Tiens, quand on parle du loup...
La porte s'ouvre, sur les voix de ceux que nous attendons. Ils entrent, des sacs de vêtements plein les mains, mais bizarrement, la plupart d'entre eux semblent provenir de magasins que Tom fréquente.
Je hausse les sourcil.
-Tu porte le même genre de pyjama que mon frère ?
Elle rougit. Mais ne baisse pas les yeux. Tom prend la parole à sa place.
-Elle a pas voulu que je lui achète de vêtements, j'ai dû la forcer pour qu'elle accepte que je lui paye ces trois malheureux sacs de fringues... Enfin, moi en tous cas, je me suis fait plaisir.
Il pose tout par terre, et se jette dans le canapé, David et Georg s'écartant de justesse de chaque côté.
David se lance, d'une voix mal assurée :
-Malicia, c'est bien ça ?
Celle ci s'avance un peu, les mains derrière le dos.
-Oui, c'est bien ça. Et vous, vous êtes David Jost.
Il ne répond pas, saisissant qu'elle ne pose pas de question. C'est une affirmation.
-Bill m'a parlé de sa volonté que tu restes quelques temps avec nous, ou plutôt, avec les th, puisque c'est rare que je sois à proximité d'eux... Tu en penses quoi ? Tu aimerais rester avec eux ?
Oh. Terrain glissant. Au plus Malicia aura l'air enthousiaste, au moins il voudra qu'elle reste. Les groupies, il s'en méfie. Même de celles qui n'en sont pas.
-Ce n'est pas que ça m'emballe beaucoup de rester avec eux, de les gêner dans leurs habitudes... J'ai pas envie d'arriver comme un chien dans un jeu de quilles. Et j'ai conscience que c'est pourtant ce que je fais. On m'a expulsée de chez moi. Je n'ai nul part où aller. Je ne connais personnellement ni Gustav, ni Georg, ni même Bill ou Tom, mais... je connais leur musique...
Elle baisse les yeux. Les relève. Me regarde, me fixe, droit dans les yeux. Je comprends que c'est tout particulièrement à moi qu'elle s'adresse. En tous cas, j'en ai l'impression...
-Je connais leur musique... le moindre accord de guitare, le moindre mot, le moindre son de batterie... Je les connais mieux que tout. Mieux peut être que moi même. Et si c'est vraiment les Tokio Hotel qui ont écrit leurs chansons, alors je crois que je connais déjà une bonne partie d'eux.



POV. M.

____Allongée dans le lit de la suite que m'attribuent les Tokio Hotel, les yeux fermés. On pourrait croire que je dors, mais non. J'ai dans les oreilles les écouteurs de l'Ipod de Bill, que je ne lui ai pas rendu tout à l'heure.
David a accepté que je reste. David, ou plutôt Mr Jost, puisque je me refuse de l'appeler par son prénom, cet homme étant un adulte, réfléchissant comme un adulte, avec des réactions d'adulte... Bref. Ce sera Mr Jost.
Je vais donc vivre avec les th pendant un bout de temps, apparemment. Est ce que ça veut dire que j'ai un foyer ? Ça y ressemble fichtrement, en tous cas. Je pousse un soupir. Cela ne me dit rien qui vaille d'être nourrie et logée, comme ça, sans rien à donner en échange. Je devrais être heureuse. Je devrais rejoindre les autres, leur montrer ma reconnaissance. Mais je n'y arrive pas. Je me tourne dans le lit, et bute contre quelque chose. J'ouvre les yeux, et me redresse en voyant Bill, assis près de moi.
-Désolé, j'ai toqué, mais comme tu répondais pas, je suis entré.
J'enlève les écouteurs de mes oreilles. Il me sourit.
-Au fait, j'étais venu récupérer ça, mais tu peux le garder si tu l'utilise, j'emprunterai le mp4 de Georg.
Je lui tends son Ipod. Ne sachant que dire. Qu'est ce que suis censée dire à quelqu'un à qui je dois, en même pas vingt quatre heures, plus que la vie ?




POV. B.

____Elle a l'air troublée. Je ne comprends pas ce qui la gène. Pourquoi est elle si blanche ? Pourquoi fixe-t-elle ses ongles avec obstination ? Pourquoi fuie-t-elle mon regard ?
Comme si elle avait entendu mes pensées, elle me regarde droit dans les yeux, avant de me dire, d'une voix hésitante :
-Je sais pas quoi dire. J'ai peur d'être ridicule.
-Comment ça ?
-Ecoutes, déjà la nuit dernière, tu étais là pour appeler les secours, maintenant, tu m'offres un endroit où vivre, tu acceptes ma présence parmi toi, ton frère, Gustav, et Georg...
-Mais c'est normal ! Tu aurais pas fait la même chose, à ma place ?
Elle répond du tac au tac.
-Si...
-Tu vois ? je n'ai rien fait d'exceptionnel...
-Et aussi, tu m'as écouté... Je t'ai dit que j'avais été jetée de chez moi. Tu as constaté que j'avais des problèmes, mais tu n'as pas bronché. Ca faisait... plus d'un an que plus personne ne m'avait écouté comme ça sans me juger.
J'ouvre de grands yeux. Je n'ai pas pu m'en empêcher.
-Savoir écouter, c'est la base de l'amitié, non ? Quel genre d'ami peut ne pas écouter...
-Je n'ai pas d'amis. Enfin pas en Allemagne, en tous cas. Je suis française, tu sais ? En France, j'ai...enfin, j'avais des amis. Des vrais. Enfin, si on peut appeler vrais amis ceux qui au bout d'un an ne répondent plus ni aux lettres que je leur envoie, ni aux appels...
Je garde le silence pour l'encourager à continuer. Ses yeux, regardant dans le vague, semblent soudain sortir du flou, et elle me regarde à nouveau dans les yeux.
-Pourquoi as tu déménagé de France ?
-Je...
Ses yeux sombres ne mentent pas. Du moins, je peux y déchiffrer la vérité, étant qu'elle n'a aucune envie de parler une minute de plus de ce sujet.
-Je préfère... parler d'autre chose.
Bingo. Quand je dis que je peux déchiffrer n'importe quoi dans ses yeux.




POV. M.

____Nous sommes tous les cinq attablés dans le studio de Bill, autour d'une pizza, que Gustav est entrain de couper, s'efforçant de faire des parts de tailles égales, sous l'½il vigilant de Tom et Georg.
J'ai du mal à ne pas fermer les yeux, pour profiter mieux des bruits qui s'offrent à moi. Sons banals, et pourtant... son de Bill qui s'amuse à taper sur son verre avec une bouteille de Coca. Son des voix de Tom et Gustav.
-Eh, Gus ! Tu déconnes, là ! Regarde comment tu coupes ?
-T'as qu'à le faire toi même !
Son du rire de Georg quand Bill, ouvrant la bouteille, se fait asperger de Coca.
Bruits banals, n'est ce pas ? Et pourtant... Pas de silence, comme j'en endure avec ma famille depuis des mois. Pas de reproches sur mes notes ou mes vêtements, de la part de mes parents, pour la bonne et simple raison qu'ils ne sont pas là.
Je masque un gémissement lorsque je vois la part de pizza que pose Gustav devant moi. Énorme. C'est la taille de la part. Et c'est ce que je vais finir par devenir, a force de manger... écoutant la conversation des gars, je décide donc de laisser ma part. Je n'ai pas faim.
-Et sinon, tu fais quoi dans la vie ?
Question de Tom.
-Mmh... tu veux savoir ce que je suis censée faire, où ce que je fais vraiment ?
-On va dire les deux.
-Alors, je fréquente le lycée six jours par semaine, et je fais mes devoirs tous les soirs. Quand j'en ai pas beaucoup, je fais du baby-sitting, je m'entraîne à jouer de l'accordéon, ou je vais au centre commercial avec ma meilleure amie pour acheter des vêtements rose bonbon, et des cadeaux à ma maman.
Je laisse un silence, histoire de mettre un peu de suspense. Devant leur expression, étonnée pour Bill, choquée pour Tom, narquoise pour Georg, et inquiète pour Gustav, je continue :
-Mais en fait ça c'est ce que je suis censée faire. En vrai, je vais en cours deux heures par semaine, je ne prends pas les devoirs, je passe mon temps libre à jouer de la guitare, ma passion. Quand je vais au centre commercial, c'est seule, puisque ma meilleure amie habite en France, et jamais vous ne me verrez acheter des vêtements rose bonbon.
Tom pousse un soupir de soulagement.
-Putain, tu m'as fais flipper avec ton accordéon !
Je rougis.
-J'ai une tête à faire de l'accordéon ?
Gustav n'hésite pas une seconde.
-Non.
Comment se fait il que je me sente si bien, avec eux ? Nous nous connaissons depuis quelques heures, et déjà je ris avec Tom, et déjà je n'hésite pas à engager la conversation avec Bill, et déjà je comprends que la timidité de Gustav cache un grand c½ur, et déjà j'échange des regards complices avec Georg... Je me sens bien. Ils ne me rejettent pas, et essaient d'apprendre à me connaître. Essaient.
Nous passons la soirée à rire, nous jouons à des jeux vidéo, j'aide Georg, Gustav, et Bill à convaincre Tom que le Rock vaut beaucoup plus que le Hip Hop, nous faisons des batailles d'oreiller...
Bonheur. Éphémère ?


____Chacun part se coucher. Je me dirige vers ma suite, la vision rendue floue par la fatigue, un sourire aux lèvres. J'entre, m'affale sur mon lit. Mon sourire s'efface.
Tout ce bonheur qui a éclaté tout d'un coup... Toutes ces attentions, toute cette gentillesse de la part des garçons... Est ce que je la mérite ? Non, naturellement, non. Je me redresse. Regarde autour de moi. Et ce luxe... Est-il destiné à une fille qui n'a rien à offrir en retour ? M'est-il vraiment destiné ? Il ne devrait pas l'être. Je ne mérite pas tout ça. Pas du tout. Une larme coule sur ma joue. Rien, je ne mérite rien. A quoi beau s'accrocher à un semblant de bonheur ? Je sais bien que dans très peu de temps, les garçons vont finir pas se lasser de ma compagnie. C'est forcé. Obligé.
« Pars. Va-t-en. Ne reviens que quand tu auras changée. Je ne veux plus te voir. J'en ai assez. » C'est mot pour mot ce que m'a dit ma mère, hier. Assez. Elle en avait assez, et c'est ce qui va bientôt se passer avec les th.
Je ne mérite pas le bonheur. Je ne suis même pas sûre de mériter la vie.
Je casse violemment une bouteille en verre, et pousse un cri de douleur. J'ai l'impression que c'est mon c½ur qui vient d'être brisé en mille morceaux, et je ne peux retenir le torrent de larmes qui se déverse de mes yeux. Je saisis un éclat de verre, remonte mes manches...
Voilà ce que je mérite.


POV. B.

____Je sors de la douche, fredonnant une chanson, mes cheveux dégoulinant d'eau tout autour de moi. Agacé -ça mouille !- je passe ma main dans ma crinière, puis secoue la tête comme un chien pour sécher mes cheveux, mettant des gouttes d'eau sur toute la surface du miroir. Je n'avais pas calculé ça... Tant pis. Continuant à chanter, je m'essuie en vitesse, pressé de retrouver le confort de mon lit. Un bruit sourd interrompt ma chanson, et me fait sursauter. Cela semble provenir de la suite d'à côté, celle de Malicia. Ce n'est pas un bruit normal dans une chambre, et le fait que justement ce soit celle de Malicia, m'inquiète.
J'enfile rapidement un boxer, et sans prendre la peine de mettre autre chose, je me dépêche de sortir de ma suite pour entrer dans celle voisine à la mienne. Je frappe à la porte, et attend impatiemment que Malicia m'invite à entrer. Pas de réponse. Je retente une fois ma chance, mais sans effet. Je hausse les épaules, et entre de moi-même, constatant avec soulagement que la porte n'est pas fermée à clef.

____La pièce est plongée dans le noir complet, seuls quelques rayons de lumière, dus aux réverbères, filtrent à travers les volets. J'ai d'abord l'impression que la chambre est silencieuse, et pendant un moment, je me demande si j'ai bien fait d'entrer. Après tout, peut être que j'ai rêvé, que le bruit n'était que dans mon imagination... Mais un reniflement dément mes pensées. L'oreille aux aguets, les yeux grand ouverts, j'essaie de trouver d'où provient ce que je viens d'entendre. Je distingue une masse sombre, au pied du lit. N'osant d'abord pas bouger, je reste immobile un instant, puis un cri de douleur me décide à avancer vers elle.
Malicia est recroquevillée par terre, et, sans lui poser de question, je m'assied près d'elle et, passant un bras autour de ses épaules, pour qu'elle s'appuie contre moi, je tente de calmer ses sanglots. Elle tremble, et je me demande si elle n'est pas prise d'une crise pareille à celle qu'elle a faite une journée plus tôt. Ma main glisse de son épaule, et je lui frotte le dos, essayant de faire cesser les tremblements. Docile, Malicia se laisse faire, comme dans un état second. Pourtant, je sais qu'elle ne s'est pas évanouie, car elle chuchote à toute vitesse, tellement vite que je ne saisis que des bribes de ce qu'elle dit.

-Mérite pas... non... pas... bonheur... dois souffrir...
-Qu'est ce qui t'arrive ? Aides-moi, Malicia, aides-moi à t'aider...
Elle ne répond pas. M'entend-elle seulement ? Elle pousse à nouveau un cri de douleur, et semble laisser tomber quelque chose par terre. L'objet produit un son aigu en tombant sur le carrelage. Je continue à passer mes mains sur elle pour la rassurer, l'empêcher de trembler, et, lorsque j'arrive à ses bras, elle les bouge vivement, criant à nouveau, comme si je lui avait fait mal. La source de sa douleur provient donc de là...
Lui chuchotant des paroles réconfortantes sans fin, sans arrêt, j'essaie de l'apaiser, et je frôle à nouveau son avant-bras. Trempé. Je retire vivement ma main. Ça ne peut pas être des larmes. Pris de panique, je cherche à tâtons ce qu'elle a fait tomber auparavant, cherchant à confirmer ce dont je suis malheureusement déjà sûr. Je trouve. Un morceau de verre. Je le saisis, et le lâche brusquement. Ça coupe. Portant un doigt à ma bouche, je ne sais comment réagir. Allumer la lumière ? Et confronter plus encore Malicia à la réalité ? A ce qu'elle s'est infligé ? Ou alors rester dans le noir... Voyons, qu'est ce qui lui fait le plus peur, selon moi ? Le plus mal ? La solitude. Il faut qu'elle comprenne qu'elle n'est pas, qu'elle n'est plus seule dans cette chambre. Continuant à lui parler à l'oreille, je lui prends la main. Gagné. Elle se raidit, puis serre ma main, comme pour se raccrocher à moi. Elle appuie sa tête contre mon épaule, passant son bras devant moi, semblant vouloir m'empêcher de bouger. J'essaie de ne pas frissonner en sentant le contact du liquide chaud contre la peau nue de mon torse. Du sang.
____Nous restons comme ça, sans bouger, un long moment, ou peut être court, peut être ce moment a duré plusieurs heures, ou seulement quelques minutes, je n'en sais rien, j'ai l'impression que le temps s'est arrêté pour me laisser prendre le temps qu'il faudra pour rassurer Malicia, pour prendre soin d'elle.
Le silence est troublé de temps à autres par les reniflements de Malicia. A un moment, elle semble un peu ragaillardie, et se redresse, enlevant son bras de mon torse, mais gardant sa main droite toujours solidement ancrée dans la mienne. Je comprends qu'elle recherche à nouveau le morceau de verre, et je lui attrape la main pour l'en empêcher.

-Tu ne crois pas que tu as fait assez de dégâts comme ça ?
J'essaie d'employer une voix la plus douce possible, pour qu'elle n'aie pas l'impression que je lui fais un reproche. Elle va mal, elle n'a donc pas besoin qu'en plus de ça je l'engueule.
Je me lève doucement, et je sens sa main tressaillir quand je la lâche.
-Me laisse pas... pas toute seule...
La voix suppliante de Malicia me fout les boules. Je lui réponds la gorge serrée, d'un ton que je veux rassurant.
-T'inquiètes pas, je suis là... Je te laisse pas...
J'appuie sur l'interrupteur, puis je me tourne vers Malicia pour mesurer l'ampleur des dégâts. Je masque un haut le c½ur.
Recroquevillée contre son lit, au milieu de nombreux débris de verre, Malicia a les vêtements, les avant bras et les mains recouverts de sang, et le liquide chaud s'est mêlé à ses larmes à chaque fois qu'elle a touché son visage, lui donnant un teint rougeâtre, faisant un peu penser aux maquillages d'enfants dans les fêtes foraines. Pourtant, ça n'a rien de comique. Je sens les larmes me monter aux yeux. Non, je n'ai pas le droit de me laisser aller. Elle doit pouvoir compter sur moi, elle doit pouvoir me considérer comme un appui, je dois me reprendre.
Je peste à haute voix, et Malicia se recroqueville, comme si elle s'attendait à ce que je la punisse. Merde, on dirait qu'elle a peur de moi, ou de ma réaction...
L'apaiser. Je dois l'apaiser. Je m'approche doucement d'elle. Elle redresse doucement la tête, et pousse un petit cri en contemplant ses avant bras.
Bon. Elle ne peux pas rester dans cette chambre, au milieu de tous ces morceaux de verre, avec du sang partout. Quelqu'un doit l'aider, et je suis cette personne.
-Tu peux te lever ?
-Je... je crois...
Elle essaie de se lever, mais s'effondre immédiatement.
-En fait, non, je peux pas. Hé ! Tu... tu fais quoi ?
Sans me poser de question, je passe un bras au niveau de ses épaules, et l'autre au niveau de ses genoux, et je la soulève. Une fois encore, je suis choqué par sa légèreté. Dire que j'ai remarqué qu'elle n'a rien mangé ce soir, et que je l'ai laissée faire... Je me sens coupable.

Je la transporte jusqu'à ma chambre, la posant sans aucune hésitation sur mon lit. Tant pis si les draps sont tâchés de sang, ce n'est pas important. La seule chose qui m'importe est d'aider Malicia.
Une fois posée sur mon lit, celle-ci m'observe silencieusement, comme si elle attendait de savoir ce que je vais bien pouvoir faire d'elle.
Je prends un gant de toilette humide, du savon, et le passe sur son visage, et sur ses bras, pour effacer toute trace de sang et de larmes. Elle tente de me repousser, mais je ne me laisse pas démonter.
-Hé ! Si tu ne me laisses pas faire, comment tu veux te débarrasser de tout... ça ?
Elle me toise d'un air coupable.
-Désolée... C'est juste que... J'ai l'impression d'être une gamine quand tu me laves le visage...
Je pousse un soupir exaspéré, et continue à la débarbouiller.
-T'as pas tort... quand je suis entré dans ta chambre, tout à l'heure... tu avais l'air d'une toute petite enfant, minuscule, recroquevillée sur elle même.
J'ai une inspiration soudaine.
-On va dire que t'es ma petite, toute petite enfant alors...
-Bill, t'as qu'un an de plus que moi...
J'ignore sa remarque, et retourne dans la salle de bain pour rincer le gant.
Je retourne avec elle, m'assoies à ses côtés, et l'observe. Penaude, elle regarde les nombreuses scarifications sur ses avant bras, comme si elle n'en croyait pas ses yeux. Elle pousse un gémissement de douleur lorsque je les frôle du bout des doigts, et des larmes se déversent à nouveau sur ses joues d'une pâleur cadavérique.
Je l'empêche de se recroqueviller sur elle même pour pleurer, et la force à me regarder bien en face.
-Promets moi de ne plus jamais recommencer, je lui murmure.
Elle soutient mon regard, les larmes continuant à couler sur son si beau visage.
-Je peux pas promettre ça... j'ai pris l'habitude... c'est le seul recours, quand je dois me punir... ou quand la solitude me mutile...
-Désormais, quand tu te sentiras trop seule, au lieu de te déchirer les veines, tu viendras simplement frapper à ma porte, et on regardera un film ensemble. Tu sais, le seul moyen pour ne plus te sentir seule, c'est d'aller vers les autres. Tu me promets que tu viendras, que tu recommenceras plus ?
Elle renifle, ravale un sanglot.
-Je vais essayer.
Essayer ? Je ne veux pas qu'elle essaie, je veux qu'elle réussisse ! A-t-elle idée de la peur qu'elle m'a fait, quand je l'ai découverte, presque inanimée, dans le noir complet ? A-t-elle idée du mal qu'elle me fait quand elle se fait du mal ? Je ne la connais pas vraiment, et pourtant j'ai la sensation que personne ne la connais comme je la connais, pas même sa famille, pas même ses amis les plus proches.
D'une voix étranglée, elle essaie de s'expliquer.
-C'est comme si j'étais plus moi-même...
-Je vais t'aider, Malicia, je vais t'aider à aller mieux, tu verras, tout va s'arranger...
-Tu vas m'aider ? Je t'ai pas dégoûté, avec tout ce sang ?
-Ce qui m'a dégoûté, c'est tout ceux avec qui tu as vécu, qui au lieu de t'aider, t'ont encore plus enfoncé, en faisant semblant de ne rien remarquer.
-Comment tu sais qu'ils ont fait semblant de ne rien remarquer ? Peut être qu'ils ont rien vu...
Je m'énerve sans raison apparente, mais je me reprends. Ce n'est pas après elle que j'en ai.
- Tu sais quoi ?
- Non...
- Dès la première fois où j'ai croisé ton regard, j'ai su que tu n'allais pas bien. Alors qu'on aille pas me faire croire que tes proches, n'ont rien remarqué... Mais tu vas aller mieux, Malicia, je te le promet.
Une larme, la dernière de ce long torrent, coule sur sa joue, puis sur ses lèvres, et enfin sur son menton. Je l'essuie du bout du doigt.
Dans un élan qui me surprend, Malicia, se serre contre moi et enfoui sa tête dans mon cou, au lieu de se recroqueviller sur elle même comme elle en a l'habitude.
-Tu le diras a personne, Bill, pour ce qui s'est passé ce soir ?
- Non.
- Pas même à Tom ?
- Ecoutes, Malicia... Tom est mon double, mon deuxième moi... Je connais tout de sa vie, il connaît tout de la mienne. Je ne peux rien lui cacher, il lit en moi, comme dans un livre ouvert. Mais tu peux avoir confiance en lui autant que tu peux avoir confiance en moi.
Malicia reste immobile, et je sens son souffle dans mon cou.
- En une journée, ça fait deux fois que tu me sauves la mise... Déjà hier, dans la rue, et aujourd'hui...
Je lui répond en lui caressant doucement les cheveux. Malicia poursuit :
-Tu sais ce que ça veut dire ?
-Non...
-Que si tu as gagné une petite, toute petite enfant, moi, ...

J'ai gagné un ange gardien.

*


Voilà, nouveau chapitre en ligne ^^
Vous en pensez quoi ?

# Posté le mardi 18 novembre 2008 13:08

Modifié le vendredi 17 juillet 2009 06:12

Quatrième envolée.

Quatrième envolée.
POV. M.


____Munich.
Les garçons donnent un concert ce soir.
Ils sont excités comme des puces, depuis ce matin, mais plus le temps passe, plus leur excitation se mue en stress.

____Bill se répète les chansons dans la tête, les yeux fermés, Gustav s'isole avec son mp4 sur les oreilles, tandis que Georg et Tom, eux, laissent deviner leur stress par leurs vannes qui deviennent de moins en moins drôles, et leurs rires qui deviennent de plus en plus nerveux.
Et moi, moi...
Assise entre Gustav et Bill, j'essaie de contenir mon propre stress. Bien que je ne passe pas sur scène ce soir, les autres me transmettent leur nervosité, et c'est plus fort que moi, j'angoisse aussi.
Pourtant, j'en suis certaine, ce concert sera aussi grandiose que tous ceux qu'ils ont donnés ces derniers jours, auxquels j'ai assisté derrière la scène.
Je ne leur ai pas dit, que c'était grandiose. Je n'ai pas pu. Après les concerts, j'avais la gorge beaucoup trop nouée pour dire quoi que ce soit. Et plus tard, j'avais peur d'avoir l'air complètement ridicule.
Soudain, j'ai la sensation d'être de trop. Eux, ont quelque chose à faire ici, dans cette loge, eux sont parfaitement à leur place. Moi, en revanche...
Je suis là, mais je ne devrais pas. Je n'ai pas de concert à donner, je n'ai rien à voir avec ces quatre garçons. Alors, qu'est ce que je fais ici ?
Je dois sortir de cette pièce. Ils ont sûrement envie de se retrouver tous les quatre, et je suis certaine que ma présence les gènes. Ils doivent certainement avoir des choses à se dire, et je leur en empêche par ma présence.
Je me lève doucement et me dirige vers la sortie. Le chuchotement de Bill brise le silence tendu qui règne dans la loge depuis quelques minutes, Tom et Georg ayant renoncé à essayer de rire, et s'étant affalés dans le canapé, les yeux fermés.
-Tu vas où ?
Je me retourne vers Bill, à regret. Il n'était pas censé m'entendre sortir.
-Je vous laisse tous les quatre.
Bill me fait signe de revenir m'asseoir près de lui. Je lui obéis, presque honteuse d'avoir essayé de m'échapper.
-Pourquoi ? On est bien aussi, tous les cinq...
-Ben je sais pas... Vous êtes amis depuis toujours, vous avez sûrement des trucs à vous dire...
-Si on a des trucs à se dire, on peut les dire devant toi. Et arrêtes de tout le temps croire que tu gènes !
Bill baisse les yeux sur mes mains qui tremblent. Il ouvre la bouche pour me proposer une cigarette, mais je le prends de vitesse.
-Écoutes, c'est plus fort que moi, quand des personnes auxquelles je tiens stressent, ou sont heureuses, ou malheureuses, je ressens exactement la même chose. C'est pour ça que je tremble... j'angoisse, tu comprends ? Pourtant, je suis certaine que tout va bien se passer. Juste je stresse. C'est humain, non ?
J'omets de lui dire que dans ces cas là, une cigarette est la bienvenue. Par respect pour lui, je ne fume pas avant les concerts, parce qu'il m'a expliqué que lui non plus ne fumait pas avant de passer sur scène, pour ne pas s'irriter les cordes vocales.
-Oh, tu tiens à nous, alors ?
Ses lèvres s'étirent un sourire joyeux, que je commence à bien connaître depuis deux semaines.
-Faut croire...
Une femme, des dossiers dans les mains, les lunettes de travers, un talky walky accroché à la ceinture, entre dans la loge, l'air débordé.
-C'est le moment, les garçons ! Préparez vous !
Le sourire de Bill se crispe.
Bien que je sois dans le même état que lui, je ne le montre pas. Si je peux compter sur lui, il doit pouvoir compter sur moi...
Je m'efforce de maîtriser les tremblements de mes mains, et inspire.
-Bill, je t'ai pas dit...
-Quoi ?
-Tous les concerts que j'ai vu depuis ces deux semaines... Ils étaient superbes.
Le visage de Bill s'éclaire.
Je serre un par un les garçons dans mes bras. Leur nervosité est à son comble. Pourtant, je sais pertinemment qu'une fois sur scène, tout stress sera oublié : ils seront dans leur élément.

____ Les Tokio Hotel font leur entrée, et je ne peux m'empêcher de sourire. Leur joie est tellement communicative ! Les cris du public, les applaudissements, les hurlements des groupies... Je pousse un soupir.
Les projecteurs braqués sur eux ne trompent personne : ces lumières là sont bien ternes par rapport à celle que dégagent les garçons en chantant, en jouant de la musique, en faisant ce qu'ils aiment.
Je les voix de dos, et pourtant je peux presque m'imaginer l'expression de leur visage, allant de la joie pour Bill et Gustav à la jubilation pour Georg et Tom. Leur passion pour ce qu'ils font s'entend dans leur musique.
Chacune de leurs chansons me met dans un état différent, et je chante en même temps que Bill, cachée derrière le rideau, sous les regards amusés des techniciens, dont certains sont dans le même cas que moi et fredonnent eux aussi les chansons des th.
Arrive « ich bin da ». Bill, sachant que je suis là, derrière lui, séparée de la scène par un simple rideau, se tourne plusieurs fois discrètement vers moi. Les larmes aux yeux, je contemple le groupe, je me noie dans les paroles de la chanson, je devient ivre de leur musique. An deiner seite. Nur eine Weile. Du bist nicht alleine.
Le concert s'achève. Gustav provoque une ola générale, Tom lance son médiator dans la fosse où se bousculent les groupies, bientôt imité par Georg, et Bill saute en tapant dans ses mains, comme pour applaudir son public. Puis les quatre, imprégnés de leur Passion, sortent de scène.
J'essuie mes larmes, et quand il passe de l'autre côté du rideau, je me jette dans les bras de mon Ange Gardien.




POV. B.

____Je sors de scène, et croise son regard. Immédiatement j'ouvre les bras, et elle se jette dedans.
Apparemment, le message est passé, aussi bien que si avant « ich bin da », j'avais annoncé que je dédiais cette chanson à Malicia, comme j'ai hésité à le faire.
Ses longs cheveux, cascade de boucles noires, me chatouillent la joue. J'inspire, fermant les yeux. Elle sent bon. Odeur de sourires refoulés, de larmes trop longtemps versées, odeur de besoin de réconfort, odeur qui crie : « aimez moi ! ».



POV. T.

____Une bouteille d'eau dans la main, j'observe Malicia.
Bigre ! Ça faisait tellement longtemps que je n'avais pas vu mon frère serrer quelqu'un dans ses bras ! A part avec moi, il n'est pas du genre câlin avec tous ceux qu'il croise. Il ne semble pas presser de lâcher Malicia, et je le vois caresser ses cheveux, et même fermer les yeux. Je fronce les sourcils, un sourire naissant sur mes lèvres. Ils ne se voient pas pendant trois heures, et déjà ils se sentent obligés de se câliner ? Même si je sais que l'une des raisons est que Malicia a été touchée par la chanson que Bill lui a en quelques sortes dédiée, je reste certain que la principale cause de ce câlin ne doit pas être la chanson. Oh, bien sûr, si j'en parle à Bill, il niera, et si j'en fais la remarque à Malicia, elle se contentera de me sortir une de ses réponses cassantes, comme elle sait si bien les faire, et à laquelle je ne pourrais rien répondre, moi qui d'habitude ai toujours énormément de répartie, je devrais baisser les yeux, et rougir comme une tomate, et Georg va me vanner... Bref. N'empêche que Bill pourra me contredire autant qu'il le voudra, ses yeux, eux, ne mentent pas. C'est tout ce que j'ai à dire.




POV. M.

____J'accompagne les garçons jusqu'à la loge, et je m'aperçois combien j'ai de la chance de les connaître comme je les connais, et non par le biais des magasines.
Une impression de froid dans mon dos me fait sursauter.
-GEORG !
Il vient de me renverser tout le contenu de sa bouteille dans le dos. Mon cri a attiré l'attention des trois autres garçons qui éclatent de rire en me voyant sauter sur Georg.
-C'est mouillééé !
Georg me chatouille.
-T'avais l'air endormi, donc je me suis dit qu'il fallait que je te réveille...
Je ne peux rien lui répondre, étant toujours entrain de rire sous ses chatouilles, peinant à reprendre ma respiration. Quand il arrête, j'inspire une grande goulée d'air.
-Je me vengerai !
Tom pose les mains sur mes épaules.
-C'est sur que tu lui fait vachement peur !
Georg acquiesce, prenant un air faussement apeuré, sous les rires des autres.
-T'es super impressionnante, t'as une tête de moins que moi, et tu dois peser la moitié de mon poids...
Je relève la tête d'un air digne, et tout le monde éclate de rire.
Quelqu'un frappe à la porte. C'est encore la femme de tout à l'heure, mais elle a heureusement l'air moins stressé, maintenant que le concert est passé.
- Y'a-t-il une Malicia, ici ?
- Elle même, annonce Tom en me désignant comme si j'étais une personne très demandée. Je lui tire la langue.
-Oui, c'est moi.
La femme remonte ses lunettes, comme si elle ne s'attendait pas véritablement à trouver une Malicia avec les célébrations Tokio Hotel.
- Mr Jost m'a dit mot pour mot qu'il aimerait parler aux Tokio Hotel, mais que comme il les connaît, il sait très bien qu'ils n'ont pas commencé à se démaquiller, ni à changer de vêtements pour rentrer à l'hôtel, et que donc il voulait parler à Malicia pour qu'elle leur transmette un message.
Nous sourions. En effet, Mr Jost les connaît très bien.
Je suis la femme à travers des couloirs, elle ne m'adresse pas la parole. Elle m'ignore, comme pour me reprocher d'avoir été avec les th, alors qu'elle aurait préféré emmener l'un des membres du groupe avec elle plutôt qu'une gothique sans importance.
Nous entrons dans un bureau, et elle me tend un téléphone, et un morceau de papier avec un numéro que je reconnaît comme étant celui de Mr Jost.
Je compose le numéro, et immédiatement il décroche.
- Malicia ?
- Oui, bonsoir, comment ça va ?
- Très bien... Écoutes j'ai pas beaucoup de temps, je voulais simplement que tu préviennes les th que leur tournée en France commence dans trois semaines.
- Ils le savent !
- Oui, mais ce qu'ils ne savent pas encore, c'est que dès demain, un bus les emmène.
- Ah, ils vont où ?
- Comment ça, ils ? Tu vas avec eux, hein !
- Merci...
- Donc, vous vous en allez Biarritz, qui est...
- Dans le sud de la France, je suis française, ne l'oubliez pas... En fait, j'y suis déjà allée... il y a des années...Ils devraient aimer, c'est à proximité de la plage, il y a plein de magasins, et énormément... de filles.
- Tu pourras les prévenir, pour demain ?
- Oui, bien sûr !
- Merci ! Bonne soirée, alors ! Et...
- Oui ?
- Essaye de faire en sorte qu'ils ne fassent pas trop de conneries... Enlève l'ordinateur des mains de Bill quand il est ivre, et empêche Georg et Tom de ramener trop de filles...
- Je vais essayer...
- Bon, bonne soirée, alors, profite bien des vacances !
- Merci, bonne soirée à vous aussi.
Je raccroche, en souriant à l'allusion de Mr Jost, quand il m'a parlé de ne pas laisser Bill aller sur Internet s'il est ivre. Il y a quelques jours, Bill m'a raconté que, pour ses dix huit ans, il avait bu... beaucoup. Et déclaré sur le site officiel des th qu'il était homosexuel.
La femme, sans piper mot, me raccompagne jusqu'à la loge des th, où j'entre sans prendre la peine de frapper.
Tous ont changé de vêtements, et se sont démaquillés comme des grands. Des garçons modèles. Si ce n'est qu'ils s'occupent en faisant une bataille d'eau. Dans la loge. Où se trouvent plein de kits de maquillage grands ouverts, des vêtements qui traînent, des miroirs impeccables... avant la bataille. Je sais, c'est rude. Et le pire dans tout ça, c'est que je me joins à eux.
Quelques minutes et des éclats de rire plus tard, j'essaie d'obtenir le calme des garçons, qui, trempés, pataugent dans l'eau en riant. La femme de ménage va piquer une dépression...
-Bon, vous m'écoutez ?
Tom se met au garde à vous.
-A vos ordres !
Je lui balance un vêtement trempé sur la tête.
-Touché !
-Hééé ! C'est mon tee shirt, en plus !
Gustav s'impatiente.
-Il a dit quoi, David ?
-Que la tournée en France commence dans un mois...
Bill pousse un soupir.
-On le sait déjà...
-Laisses-moi finir ! Et dès demain, un bus nous emmène à Biarritz.
J'attends la question qui, bien sûr, fuse dès qu'ils assimilent ce que je viens de leur dire.
-C'est quoi ?
-Une ville dans le sud de la France, avec du soleil, des magasins, l'océan Atlantique...
Les garçons poussent de vrais cris de joie. On dirait des gamins de douze ans, et je les observe en souriant, presque comme une maman attendrie. C'est alors que Georg a une idée plus que lumineuse.
-On va en boîte, pour fêter ça ?




POV. T.

____Attablés à une table dans un coin de la boîte, je lève mon verre.
-AU VACANCES !
Les autres, levant leur verre à leur tour, répètent ce que je viens de dire, avec enthousiasme.
Tout le monde parle, et étant donné que nous n'en sommes pas à notre premier verre, je dois l'avouer, nous gloussons parfois sans raison apparente. Je jette un regard à Georg. Il reçoit mon message cinq sur cinq. Nous nous levons ensemble.
-Bon, c'est pas qu'on s'ennuie, mais la piste est pleine de filles...
C'est parti pour une soirée comme je les aime. Je choisis une proie et me mets à danser derrière elle, prenant soin à ce qu'elle me remarque, puis je m'approche de plus en plus d'elle pour finalement me retrouver presque complètement collé à elle. Elle ne rechigne pas, et continue à onduler son corps, rejetant ses cheveux blond décolorés derrière son épaule.
Bientôt, Bill, Gustav, et Malicia nous rejoignent sur la piste, Bill me faisant un clin d'½il en voyant la fille qui finira la nuit dans mon lit. Lui n'a jamais été adepte à ce genre de relation d'une nuit, mais... moi j'aime. Ne pas s'attacher, ou alors seulement le temps d'une nuit, ça me convient parfaitement. Ça m'empêche d'aimer vraiment, comme Bill le fait. Ça m'empêche de souffrir comme lui a souffert quand sa première relation s'est terminée...
Je pose les mains sur les hanches de la fille, et la plaque à moi, pour sentir son corps sur le mien. Elle ne rechigne pas.


Vive la vie
.



POV. M.

____ Assis dans la limousine, la tête contre la vitre, j'observe la route au dehors, sans vraiment y faire attention. Il doit être plus de trois heures du matin, et je commence un peu à succomber à la fatigue. Bill près de moi, parle avec Gustav, tous deux rient énormément. Je crois qu'ils ont un tantinet trop bu. Tom et Georg, eux, sont occupés à des occupations plus... osées. Disons qu'ils sont accompagnés de deux blondes siliconées, avec lesquelles ils ne prennent pas le temps de faire connaissance. Ils en sont déjà à l'étape des pelles. J'imagine que demain matin, ce sera l'étape des râteaux... J'ai un petit rire. Je devrais compatir pour ces deux filles, mais je n'y arrive pas, c'est plus fort que moi. Je vais prendre un plaisir presque malsain à les voir se faire jeter, demain matin, elles qui, à mon avis, ont plutôt l'habitude à ce que ce soit elles qui jettent. La roue tourne, les rôles s'inversent.
Quelqu'un me secoue l'épaule. J'ouvre doucement les yeux. Bill, penché au dessus de moi, tente de me tirer du sommeil.
-On est à l'hôtel...
Je sors de la voiture, et tous ensembles, y compris les blondes, nous entrons dans l'hôtel, et nous séparons dans le couloir. Je baille.
-Bonne nuit tout le monde...
Ils me répondent d'un signe de tête, ou plutôt Bill et Gustav me répondent, car Tom et Georg sont bien trop occupés.

____J'entre dans ma chambre, m'étire, et me démaquille rapidement, pressée d'aller dormir. J'enfile mon shorty et mon débardeur, et entre dans les draps. Je ferme les yeux et pousse un soupir d'aise. J'ai passé une journée superbe, une soirée superbe...
J'ouvre les yeux. Tout ce bonheur, m'est-il destiné ? Non... toujours pas... Je n'ai toujours rien fait qui justifie que j'ai droit à l'amitié des quatre garçons... rien qui me permette d'être heureuse. J'ai la sensation de commettre un délit. Comme si je volais ce bonheur à quelqu'un qui, lui, le mérite vraiment. Toute ma joie s'évanouit subitement.
J'allume la lampe. Ouvre le tiroir de la table de chevet. En sors un couteau. La lame, fine, pointue, semble me narguer. Je fais glisser doucement mon doigt dessus. Je sens les larmes arriver, accompagnée de l'envie irrépressible de me couper les veines. Ultime punition. Non, pas ce soir. Je serre les dents, et lâche le couteau, qui résonne en tombant sur le carrelage. Gagné.
Je me lève, sors de la suite, et entre silencieusement dans celle d'à côté sans frapper.
J'écarquille les yeux pour distinguer quelque chose dans le noir complet qui règne dans la pièce. Quand je parviens à situer le lit, j'avance à tâtons, puis me glisse avec empressement dans les couvertures, et me serre contre Bill. Ce dernier sursaute violemment.
-Bon dieu, tu m'as fait peur !
Genre il croit en dieu.
-Désolée, c'était soit ça, soit le couteau.
Bill se redresse immédiatement dans le lit, posant ses mains sur mes avants bras à peine cicatrisés, cherchant à savoir si j'ai utilisé ou non mon couteau.
-Tu... tu t'es pas fait mal ?
-Non... Mais... je t'ai obéis... je suis directement venue avec toi... pour éviter... de recommencer.
Bill pousse un soupir de soulagement. Il se rallonge et m'attire contre lui, se mettant dans la même position que moi pour être complètement collé à moi. Dos à lui, je sens son souffle dans ma nuque.
-Et... ça va ? Je veux dire, t'as pas de blessure physique... mais... toi, ça va ? Mentalement ?
-Tu crois que je suis folle ?
-Tu sais très bien ce que je veux dire.
Oui, je le sais. Et ça me trouble qu'il puisse savoir que si je ne suis pas blessée physiquement, j'ai le c½ur déchiré, dont les blessures saignent encore de temps à autres...
-Bill... Le bonheur, tu crois que je le mérite ?
Il se serre encore plus contre moi.
-Bien sûr ! Tout le monde mérite le bonheur. Toi autant, si ce n'est plus que les autres...
-Mais je ne fais rien qui puisse justifier ça ! Toi, Tom, Georg, et Gustav... vous m'offrez du bonheur, et moi... j'ai rien à vous offrir en échange.
Bill me prend la main.
-Mia... Pourquoi tu veux donner quelque chose en échange ? Le bonheur, ça demande rien en échange... c'est pas une histoire de troc... tu comprends ?
-Oui... non... j'en sais rien.
-Il y a certaines choses qui ne s'achètent pas. Le bonheur fait partie de ces choses.
Je me tourne vers lui pour le regarder dans les yeux, oubliant qu'il fait complètement noir dans la pièce. Nous restons silencieux. Bill lève la main et frôle mon épaule du bout des doigts. J'ai un frisson.
-T'as froid ? Tu veux que je rajoute une couverture ?
-Non.
Bill semble vouloir dire quelque chose, mais il s'abstient.
-Quoi ?
-Rien.
Je ferme les yeux pour m'endormir, mais j'ai la sensation que je ne pourrais pas dormir tant que...
Des lèvres se posent sur les miennes, puis Bill me serre contre lui.
Voilà. Maintenant, je peux dormir.
-Bonne nuit, petite fille.
-Bonne nuit, Ange Gardien.

*

So ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
Le chapitre sert pas à grand chose, mais j'en avais besoin pour continuer :)
J'attends vos réactions ^_^
Bill a une tête de psycopathe sur la photo vous trouvez pas ?

Malicia a une jumelle ^_^
* Ðα *



Avis aux visiteurs fantômes... Les commentaire font toujours plaisir, et en laisser un de temps à autre ne prend pas beaucoup de temps... :)

# Posté le vendredi 21 novembre 2008 15:57

Modifié le vendredi 17 juillet 2009 06:22